
L’île Ogliastra
L’île Ogliastra
Criques turquoise, plus profond canyon d'Italie, blue zone aux 31 centenaires sur 100 000 habitants : l'Ogliastra est la Sardaigne authentique, loin des foules.
Nichée sur la côte orientale de la Sardaigne, l'Ogliastra est une micro-région sauvage, longtemps isolée du reste de l'île par ses montagnes. Plages de porphyre rouge, canyons vertigineux, villages perchés et une longévité qui en fait l'une des cinq blue zones de la planète : ici, le temps semble s'étirer.
En bref
Pays | Italie (Sardaigne) |
Capitale historique | Tortolì |
Population | ~57 000 habitants |
Particularité | Blue zone — record mondial de centenaires |
Saison idéale | Mai-juin et septembre |
Accès | Aéroports d'Olbia, Cagliari ou Alghero, puis route ; ferry à Arbatax |
Durée conseillée | 5 à 7 jours |
Spécialités | Culurgiones, vin Cannonau de Jerzu, carta musica |
Pourquoi visiter l'Ogliastra ?
L'Ogliastra doit son nom aux oliviers sauvages qui fleurissaient jadis dans la région. Ce relief tourmenté, longtemps coupé du reste de l'île, a préservé un patrimoine rare : criques accessibles uniquement par bateau ou sentier, plateaux calcaires habités par les bergers, ruines nuragiques presque intactes.
Ce n'est pas pour rien si Ogliastra détient le record mondial en nombre de gens nonagénaires et centenaires : 31 habitants sur 100 000 ont plus de cent ans. Régime méditerranéen, vie active dans la montagne et lien social fort expliquent cette longévité étudiée par les chercheurs du monde entier.
La région cumule deux parcs nationaux, une biodiversité endémique — dont le Dactylo elata, une espèce d'orchidée poussant uniquement dans la région — et un littoral parmi les plus spectaculaires d'Europe. Le tour de l'Ogliastra mêle baignade, randonnée et plongée dans 3 500 ans d'histoire sarde.
Histoire et culture
Les premiers faits historiques sur Ogliastra remontent vers 1500 ans avant notre ère. Les nuraghes qui parsèment les collines ou les basses terres sont des témoignages de la civilisation nuragique. Il s'agit de tours rondes crénelées, en pierre ou en terre battue, à l'aide desquelles les anciennes tribus sardes fortifiaient leurs habitations. Certaines servaient de postes de guet. Puits sacrés et tombes mégalithiques (les fameuses « tombes des géants ») complètent ce paysage archéologique.
Après une longue période où Carthaginois, Romains et Vandales se sont disputé le territoire par l'épée, la région a été gouvernée par le judicat de Cagliari. L'insularité, le relief montagneux et l'absence de liaisons routières jusqu'au début des années 1990 ont participé à l'isolement de la contrée.
Officiellement proclamée province en 2001, l'Ogliastra a perdu ce statut en 2016 pour rejoindre la province de Nuoro. Tortolì, sa capitale historique, concentre la pêche, la papeterie et la production hydroélectrique. Le reste de la région reste agricole : vins, huile d'olive, fromages de chèvre et primeurs.
Les incontournables
Plages et criques
Le port d'Arbatax vaut le détour. Depuis le promontoire rocheux de Bellavista, vous embrassez la baie de Portu Fraillis, ses petites criques et ses falaises colorées. La plage Rocce Rosse, voisine du port, doit son nom aux porphyres rouges éclatants qui en font un joyau pour les photographes. C'est ici que se tenait le festival international Rocce Rosse Blues.
Plus au nord, la Cala Goloritzé figure parmi les plus belles plages de Méditerranée : galets blancs, arche calcaire de 143 mètres et eaux turquoise. L'accès se fait à pied (1h30 de descente depuis le plateau du Golgo) ou par bateau. La Cala Mariolu, à proximité, séduit par ses cailloux roses et son fond marin cristallin — accessible depuis Santa Maria Navarrese ou Cala Gonone.
Pour le sable fin, cap sur la baie de Portu Fraillis, le Lido di Orri, le Torre di Bari ou la plage de Coccorocci, dominée par le massif de granit Cartucceddu — la plus grande plage de galets de Sardaigne.
Patrimoine naturel
Pedra Longa de Baunei : bosse calcaire culminant à 128 m, classée patrimoine naturel en 1993, intégrée à une aire protégée de 9,96 ha.
Gorges de Gorropu : plus profond canyon d'Italie, à 4 km d'Urzulei. Falaises de 500 m, piscines naturelles, grottes secrètes. Un guide est requis pour la traversée intégrale.
Plateau du Golgo (Baunei) : haut plateau karstique parsemé de bergeries et point de départ du Selvaggio Blu, considéré comme le trek le plus exigeant d'Italie (7 jours, bivouacs, escalade et descentes en rappel le long de la côte).
Scala di San Giorgio di Osini : couloir souterrain ouvert dans la montagne d'Osini, classé site naturel depuis 1994. La légende raconte que l'évêque San Giorgio demanda à Dieu de prendre en pitié les pèlerins incapables d'escalader le massif. Par miracle, un passage étroit apparut. L'évêque fit bâtir une église à proximité au XIVe siècle en remerciement.
Punta Goloritzé : massif calcaire dominant la plage du même nom. La randonnée traverse oliviers, arbousiers et fleurs sauvages.
Patrimoine religieux
Église Saint-André (Tortolì) : petite paroisse du XIVe siècle restaurée en 1790 en cathédrale baroque. Le maître-autel en marbre multicolore, signé Giovanni Battista Franco, mérite la visite. Siège du diocèse d'Ogliastra.
Église Santa Maria de Baunei : construite en 1052 sur l'ordre de la princesse de Navarra qui, échappant de justesse à un naufrage, voulut témoigner à Dieu sa gratitude. Joli chef-d'œuvre d'art roman, à Santa Maria Navarrese, station balnéaire du même nom.
Église Saint-Antoine de Padoue (Jerzu) : nichée à flanc de colline, dans le village réputé pour son vin Cannonau. La vue sur les vignobles et les oliveraies est saisissante.
Tours côtières et patrimoine militaire
La tour San Miguel, érigée à l'époque de l'occupation espagnole, est un symbole de Tortolì. Deux autres tours méritent un arrêt :
La tour de Bari Sardo, achevée au XVIe siècle sous le patronage du capitaine Marco Antonio Iglesias Camos.
La tour San Giovanni Sarrala, qui domine la plage Foxi Murdegu. Reconvertie en bunker pendant la Guerre de 1945, elle conserve un fort intérêt mémoriel.
Expériences à vivre
Randonner le Selvaggio Blu : 7 jours d'aventure entre falaises et mer, depuis le plateau du Golgo. Réservé aux marcheurs aguerris, avec guide.
Rejoindre Cala Mariolu en bateau depuis Santa Maria Navarrese — l'une des plus belles approches du golfe d'Orosei.
Goûter le Cannonau dans une cave de Jerzu, le cépage rouge emblématique de Sardaigne, associé à la longévité locale.
Préparer les culurgiones à l'occasion d'un cours de cuisine en agriturismo : ces raviolis sardes, fermés en forme d'épi, sont l'emblème gastronomique d'Ogliastra.
Descendre les gorges de Gorropu en kayak ou en rafting, accompagné d'un guide canyon.
Visiter une bergerie du Golgo et partager un déjeuner traditionnel : porceddu (cochon de lait), carta musica, pecorino.
Explorer les nuraghes de Villagrande Strisaili et les tombes de géants de Baunei.
Gastronomie
Venir en Ogliastra sans avoir testé les culurgiones ou les gathulis d'Arzana, c'est comme visiter le Vatican sans regarder la chapelle Sixtine. La cuisine repose sur l'huile d'olive, l'anchois, les produits du potager et les viandes d'agneau, de brebis ou de cochon de lait élevés en montagne.
Les restaurants de Tortolì mettent à l'honneur les produits de la mer : thon, vivaneau, langouste, homard, poulpe, crevette, dorade. Côté boulangerie, deux pains plats sont à goûter absolument : la carta musica (ou pane carasau), si fine qu'elle craque comme une partition, et la spianatina, plus moelleuse.
Le vin Cannonau de Jerzu accompagne idéalement les viandes grillées. Les chercheurs y voient l'un des secrets de la longévité ogliastrine : sa concentration en polyphénols est l'une des plus élevées au monde.
Quand partir ?
L'Ogliastra se visite toute l'année, mais chaque saison a ses atouts.
Saison | Climat | Idéal pour |
|---|---|---|
Printemps (avr-juin) | 18-25°C, végétation en fleurs | Randonnée, sites archéologiques, premiers bains |
Été (juil-août) | 28-33°C, mer à 25°C | Plages, kayak, vie nocturne ; affluence maximale |
Automne (sept-oct) | 22-27°C, eaux encore chaudes | Meilleur compromis : baignade et tarifs en baisse |
Hiver (nov-mars) | 10-16°C, pluies en février | Trekking, gastronomie, ambiance authentique |
La meilleure période reste fin mai-juin et septembre : températures clémentes, mer chaude, hébergements disponibles à des tarifs raisonnables.
Comment s'y rendre ?
L'Ogliastra n'a plus d'aéroport actif depuis 2016. Trois portes d'entrée s'offrent à vous :
Vol vers Olbia (le plus pratique) : 1h45 depuis Paris avec easyJet, Air France ou Transavia. Comptez 2h de route jusqu'à Tortolì.
Vol vers Cagliari : 2h30 de route jusqu'à Tortolì par la SS125, l'une des plus belles routes panoramiques d'Italie.
Vol vers Alghero : option utile si vous combinez Ogliastra et nord-ouest sarde.
Ferry à Arbatax : la compagnie Tirrenia relie Civitavecchia et Gênes au port d'Arbatax. Pratique pour venir avec son véhicule.
Sur place, la voiture est indispensable pour explorer la région. Le train Trenitalia (ligne historique du « Trenino Verde ») et les bus ARST desservent les principales villes mais peinent à atteindre les criques isolées.
Où dormir ?
L'offre d'hébergement reste à taille humaine, fidèle à l'esprit de la région.
Guesthouses et B&B familiaux (15-30 €/nuit) : dans les villages de l'intérieur (Baunei, Jerzu, Urzulei). Accueil chaleureux, petit-déjeuner aux confitures maison, immersion dans la vie locale.
Agriturismi (50-90 €/nuit) : la formule typique d'Ogliastra. Vous logez dans une ferme en activité, partagez les repas avec les producteurs et goûtez l'huile, le pecorino et le vin de la maison. Idéal pour ressentir l'esprit blue zone.
Boutique-hôtels de bord de mer (60-120 €/nuit) : à Tortolì, Arbatax ou Santa Maria Navarrese. Confort moderne, accès direct aux plages.
Lodges et resorts haut-de-gamme (150 €+/nuit) : quelques adresses face au golfe d'Orosei, avec spa, restaurant gastronomique et excursions privées en bateau.
Conseils insider
Réservez Cala Goloritzé tôt : depuis 2023, l'accès est limité à 250 personnes par jour. Achetez votre ticket en ligne plusieurs semaines à l'avance en haute saison.
Évitez août si possible : la côte est saturée, les criques accessibles à pied affichent complet dès 9h. Privilégiez juin ou septembre.
Louez la voiture à l'aéroport, pas sur place : les tarifs à Arbatax ou Tortolì sont 30 à 40 % plus élevés.
Goûtez le pecorino d'Arzana directement chez le berger : la coopérative locale propose des dégustations sur rendez-vous.
Le « pranzo del pastore » dans les bergeries du Golgo est l'expérience culinaire la plus authentique de la région — réservation indispensable.
Apportez de bonnes chaussures : même les plages prétendument « accessibles » impliquent souvent une descente caillouteuse.
Conseils recueillis auprès de notre expert local de l'agence Sawa Discovery, qui sillonne la Sardaigne depuis plus de dix ans.
Pour qui ?
Randonneurs et amateurs de nature brute : Selvaggio Blu, Gorropu, plateau du Golgo offrent des terrains parmi les plus sauvages de Méditerranée.
Couples en quête de criques préservées : Cala Mariolu, Cala Goloritzé et les plages du golfe d'Orosei se prêtent aux escapades à deux.
Familles : les plages de sable fin de Portu Fraillis, Lido di Orri et Torre di Bari conviennent aux enfants ; les agriturismi proposent souvent des activités fermières.
Œnophiles et gourmets : la route du Cannonau, les ateliers de culurgiones et les tables d'agriturismo séduiront les palais curieux.
Voyageurs slow : pour qui veut comprendre le secret des centenaires sardes, vivre au rythme des bergers et fuir les destinations balnéaires saturées.
Questions fréquentes
Oui. L'Ogliastra, et plus particulièrement la zone autour de Villagrande Strisaili, figure parmi les cinq blue zones identifiées dans le monde par le démographe Michel Poulain et l'écrivain Dan Buettner. La région détient le record mondial de centenaires masculins : 31 habitants sur 100 000 dépassent les 100 ans.
Comptez 5 à 7 jours pour combiner plages du golfe d'Orosei, randonnées (Gorropu, plateau du Golgo) et villages de l'intérieur. Pour un trek complet du Selvaggio Blu, prévoyez 7 jours supplémentaires.
Cala Goloritzé s'atteint à pied depuis le plateau du Golgo (1h30 de descente, autant pour la remontée) ou par bateau depuis Santa Maria Navarrese. L'accès est limité à 250 visiteurs par jour, billet en ligne. Cala Mariolu est essentiellement accessible en bateau, depuis Santa Maria Navarrese ou Cala Gonone.
Oui. Le port d'Arbatax est desservi par la compagnie Tirrenia depuis Civitavecchia (près de Rome) et Gênes. C'est l'option idéale pour voyager avec son propre véhicule.
Fin mai-juin et septembre offrent le meilleur équilibre : températures douces (22-27°C), mer chaude, sentiers praticables et affluence maîtrisée. Évitez août, où les criques accessibles à pied saturent dès le matin.
Oui pour les deux. Gorropu, plus profond canyon d'Italie, présente des passages techniques et une signalisation limitée. Le Selvaggio Blu mêle randonnée, escalade et descentes en rappel : il est strictement déconseillé en autonomie.
À découvrir aussi
L'Ogliastra fait partie de la grande île de Sardaigne, une destination aux multiples facettes — du nord granitique de la Costa Smeralda aux montagnes du Gennargentu. Pour prolonger votre découverte, explorez aussi Lanusei, perchée à 600 m d'altitude, et la Scala di San Giorgio.
Attractions à L’île Ogliastra

Cala Goloritzé
Crique protégée du golfe d'Orosei, accessible uniquement à pied depuis le plateau de Golgo : guide pratique pour préparer votre visite.

Gorge de Gorropu
La gorge de Gorropu, dans le Supramonte sarde, est l'un des canyons les plus profonds d'Europe. Parois verticales, fond rocheux et rio Flumineddu : une randonnée exigeante au cœur de la Barbagia.

Punta Goloritzé
Falaise calcaire classée monument naturel, Punta Goloritzé se découvre à pied depuis le plateau du Golgo ou en bateau depuis Santa Maria Navarrese. Son aiguille rocheuse de 143 m et sa plage de galets turquoise en font un site naturel d'exception sur la côte est de la Sardaigne.
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