Côte Ouest et Alghero

Entre les remparts catalans d'Alghero, les falaises de Capo Caccia et les plages de quartz du Sinis, la côte ouest concentre 200 kilomètres d'histoire et de paysages contrastés.

La côte ouest de la Sardaigne s'étire sur près de 200 kilomètres entre le golfe de l'Asinara au nord et le golfe d'Oristano au sud. Notre équipe la considère comme la façade la plus contrastée de l'île : falaises calcaires de 300 mètres à Capo Caccia, lagunes peu profondes du Sinis où nichent les flamants roses, plaines céréalières de la Nurra, et collines volcaniques de la Planargia autour de Bosa. C'est aussi la région où l'histoire a laissé les traces les plus visibles, des nuraghes de l'âge du bronze jusqu'aux fortifications catalanes encore debout.

Alghero, que les habitants appellent l'Alguer, reste le point d'ancrage de la région. Fondée au XIVe siècle par les Aragonais qui en expulsèrent les Génois, la ville a conservé sa langue : un catalan d'époque encore enseigné dans les écoles et affiché sur les plaques de rue, à côté de l'italien. Les remparts en grès ocre, sept tours encore debout, ferment un centre historique d'environ 600 mètres de long où l'on déambule entre la cathédrale Santa Maria, l'église San Francesco et les ateliers de corail rouge. La pêche du corail, pratiquée dans la Riviera del Corallo depuis le Moyen Âge, alimente toujours une bijouterie locale que l'on visite avec nos contacts artisans.

À une demi-heure de route vers l'ouest, le promontoire de Capo Caccia tombe à pic dans la mer. La grotte de Neptune s'ouvre au niveau de l'eau : on y descend par l'Escala del Cabirol, 654 marches taillées dans la falaise, ou par bateau depuis le port d'Alghero en 50 minutes. À l'intérieur, un lac salé souterrain de 120 mètres de long et des concrétions calcaires datées de plusieurs dizaines de milliers d'années. Plus haut sur le plateau, la nécropole pré-nuragique d'Anghelu Ruju regroupe 38 tombes creusées dans le tuf vers 3000 avant notre ère.

La route côtière qui mène à Bosa, 45 kilomètres au sud, est l'une des plus belles de l'île : virages au-dessus du vide, garrigue de cistes et de palmiers nains, vautours fauves que l'on observe nicher dans les falaises du parc naturel de Porto Conte. Bosa elle-même s'aligne le long du Temo, seul fleuve navigable de Sardaigne, avec ses maisons aux façades roses, jaunes et bleues sous le château des Malaspina. C'est ici qu'on produit la Malvasia di Bosa, un vin doux ambré vinifié sous voile que nous faisons goûter chez deux vignerons familiaux.

Plus au sud encore, la péninsule du Sinis change radicalement de visage. Le relief s'efface, la côte devient basse et sablonneuse. Tharros, fondée par les Phéniciens au VIIIe siècle avant notre ère puis occupée par les Carthaginois et les Romains, occupe une langue de terre face à l'île de Mal di Ventre. Les colonnes du tophet, les thermes et la voie pavée descendent jusqu'à la mer. À quelques kilomètres, les plages d'Is Arutas, Mari Ermi et Maimoni sont composées de grains de quartz blanc et rose de 2 à 5 millimètres, vestiges de l'érosion granitique : il est interdit d'en emporter, et nous insistons sur ce point auprès de nos voyageurs.

L'arrière-pays mérite aussi le détour. La plaine de la Nurra produit l'huile d'olive et les artichauts épineux de Sardaigne, l'AOP qui parfume les antipasti. À Cabras, sur l'étang du même nom, on pêche le mulet dont les œufs séchés donnent la bottarga, râpée sur les pâtes aux palourdes. Et au début de septembre, la Corsa degli Scalzi voit les hommes du village courir pieds nus sur 7 kilomètres pour transporter la statue de saint Salvatore, une procession héritée du XVIe siècle qui n'a rien d'une reconstitution folklorique.

À découvrir

Remparts d'Alghero au coucher du soleil. Marche de 1,5 kilomètre sur les bastions catalans face à la baie, avec arrêt à la Torre di Sulis. Les pierres en grès virent à l'orange vif vers 19h en été.

Grotte de Neptune par la mer. Traversée d'environ 50 minutes depuis le port d'Alghero jusqu'au pied des falaises de Capo Caccia, puis parcours souterrain de 200 mètres autour du lac salé Lamarmora.

Plages de quartz du Sinis. Is Arutas, Mari Ermi et Maimoni alignent leurs grains blancs et rosés sur 8 kilomètres de côte basse, face à l'île inhabitée de Mal di Ventre.

Site archéologique de Tharros. Comptoir phénicien puis cité romaine sur la péninsule de San Giovanni. Visite de 2 heures entre colonnes, thermes et voie pavée descendant à la mer.

Bosa et la vallée du Temo. Façades colorées le long du seul fleuve navigable de l'île, dégustation de Malvasia chez les vignerons de la Planargia, observation des vautours fauves sur la route côtière.

Quand y aller

Nous recommandons la côte ouest d'avril à mi-juin, puis de mi-septembre à fin octobre. Au printemps, les amandiers et les asphodèles fleurissent autour de Bosa, les températures oscillent entre 18 et 24°C, et la mer atteint 19°C fin mai pour les premières baignades. C'est aussi la saison des vautours fauves visibles aux abords de leurs nids. L'automne offre une eau encore à 22°C en octobre et des lumières basses idéales sur les falaises de Capo Caccia.

Juillet et août cumulent les inconvénients : températures fréquentes entre 32 et 36°C dans la plaine de la Nurra, plages bondées à Alghero et au Sinis, prix doublés, et le vent de mistral qui peut souffler trois jours d'affilée à 60 km/h. Décembre à février restent doux sur la côte, autour de 13°C en moyenne, mais plusieurs établissements ferment et certaines liaisons en bateau vers la grotte de Neptune sont suspendues en cas de houle.

Conseils pratiques

Notre équipe conseille un minimum de 4 jours pour la région, 5 à 6 si l'on veut combiner Alghero, la côte de Bosa, le Sinis et un détour archéologique. L'aéroport d'Alghero-Fertilia, à 10 kilomètres au nord de la ville, est le point d'entrée logique avec des vols directs depuis plusieurs villes européennes. Les distances restent raisonnables : Alghero-Bosa en 1h15 par la côte, Alghero-Tharros en 1h45 par la SS131.

La région se combine naturellement avec la Gallura et Nord pour un itinéraire littoral d'une dizaine de jours, ou avec la Barbagia et Supramonte si l'on veut alterner mer et montagne sur 12 à 14 jours, le Supramonte étant à 2 heures de route du Sinis. Le confort hôtelier est bon à Alghero, plus variable dans le Sinis où nous travaillons avec des agriturismi familiaux. La région convient aux voyageurs curieux d'histoire et d'archéologie, aux amateurs de vin et de produits locaux, et aux familles avec enfants en âge de marcher : les sentiers de Capo Caccia ou la balade sur les remparts d'Alghero restent accessibles dès 7 ou 8 ans.

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