Cagliari et le Sud

De Cagliari aux dunes de Chia, des mines de Porto Flavia au site phénicien de Nora : un sud sarde où ville, plages et mémoire industrielle se rejoignent.

Cagliari nous sert de base : c'est ici que se trouve notre agence, à quelques rues du port et du quartier historique de Castello. La ville s'étage sur sept collines de calcaire blanc face au golfe des Anges, long de 13 kilomètres. On grimpe à Castello par les ruelles pavées pour rejoindre la cathédrale Santa Maria et les bastions de Saint-Remy, d'où l'on embrasse les toits ocre, les salines et, par temps clair, la silhouette de la Sella del Diavolo qui ferme le golfe au sud-est. En contrebas, les quartiers de Marina, Stampace et Villanova alignent les trattorias où l'on goûte la fregola aux palourdes, les spaghetti aux oursins en hiver, et le porceddu rôti à la broche.

Le sud de la Sardaigne se lit en trois bandes parallèles. La côte sud-est, de Villasimius au cap Carbonara, enchaîne criques de granit et plages d'un sable très blanc comme Punta Molentis ou Porto Giunco. La côte sud-ouest, de Chia à Porto Pino, déroule des dunes hautes de 30 mètres, des étangs saumâtres et les tours espagnoles du XVIe siècle qui ponctuaient la défense contre les raids barbaresques. Entre les deux, l'intérieur du Sulcis et de l'Iglesiente forme un pays de collines boisées de chênes verts, traversées par les anciennes routes minières.

Cette histoire industrielle reste lisible. Carbonia fut fondée ex nihilo en 1938 pour exploiter le charbon, avec son plan en damier et son architecture rationaliste. Iglesias, plus ancienne, garde les chevalements et galeries de Monteponi et de Porto Flavia, ce dernier creusé en falaise au-dessus de la mer pour charger directement les minéraliers. À Nebida et Masua, les ruines des laveries dominent les eaux turquoise et le Pan di Zucchero, un rocher calcaire de 132 mètres qui émerge à 50 mètres du rivage.

Cagliari elle-même est une ville d'eau. Les étangs de Molentargius et de Santa Gilla, qui produisaient le sel jusque dans les années 1980, accueillent désormais une colonie sédentaire de flamants roses, environ 10 000 individus en saison de nidification. On les observe à pied depuis le parc, à vingt minutes du centre. La plage urbaine du Poetto, 8 kilomètres de sable fin, prolonge la ville vers l'est : les Cagliaritains y descendent après le travail d'avril à octobre.

Le calendrier local mérite un repérage. La fête de Sant'Efisio, le 1er mai, mobilise depuis 1657 plus de 3 000 figurants en costume traditionnel de tous les villages de l'île, qui escortent le saint en procession de Cagliari jusqu'à Nora, sur 65 kilomètres. C'est l'occasion de voir réunis les costumes du Campidano, de la Barbagia et du Sulcis, qui restent ensuite portés lors des fêtes patronales d'été. Le site archéologique de Nora, fondé par les Phéniciens au IXe siècle avant J.-C. puis occupé par Carthaginois et Romains, conserve un théâtre les pieds dans l'eau et des mosaïques de thermes.

La région se prête à un voyage lent. Les distances paraissent courtes sur la carte, mais les routes côtières du Sulcis serpentent, et l'on perd vite une heure entre une crique et la suivante. Notre conseil : choisir deux bases, l'une dans Cagliari pour la culture urbaine et la côte sud-est, l'autre du côté de Chia ou de Sant'Antioco pour la façade ouest et les mines.

À découvrir

Castello et la vieille ville de Cagliari. Une demi-journée pour monter aux bastions, visiter la cathédrale et le musée archéologique national, puis redescendre déjeuner à Marina autour d'une fregola aux fruits de mer.

Plages de Chia et Tuerredda. Quinze kilomètres de dunes, lagunes à flamants et eaux peu profondes au sud de Pula. Tuerredda, abritée entre deux promontoires de granit, se traverse à pied en hiver jusqu'à l'îlot face à la plage.

Mines de Porto Flavia et Masua. Visite guidée d'une galerie creusée en 1924 dans la falaise pour charger les minéraliers. La sortie s'ouvre sur le Pan di Zucchero, à 50 mètres du rivage.

Site phénicien et romain de Nora. Théâtre, thermes et mosaïques sur une presqu'île battue par les vents, à 35 kilomètres de Cagliari. Le site se combine avec la plage de Su Guventeddu et la tour de Coltellazzo.

Flamants roses de Molentargius. Réserve urbaine de 1 600 hectares à vingt minutes du centre, où nichent environ 10 000 flamants. Observation à pied ou à vélo, idéale en fin de journée.

Quand y aller

La meilleure fenêtre pour combiner culture et plages s'étend de mi-mai à fin juin, puis de début septembre à mi-octobre. Les températures à Cagliari oscillent alors entre 22 et 28°C, la mer dépasse 21°C dès la mi-juin, et les sites archéologiques restent praticables sans souffrir de la chaleur. Juillet et août montent régulièrement à 34-36°C, parfois 40°C lorsque souffle le sirocco depuis l'Afrique du Nord, et les plages de Chia ou Tuerredda saturent dès 10h du matin. Pour les voyageurs qui privilégient la randonnée dans le Sulcis ou la visite des mines, mars à mai et octobre à novembre offrent des journées à 18-22°C, idéales pour marcher.

L'hiver, de décembre à février, reste doux sur la côte, autour de 14°C en journée, mais les pluies se concentrent sur octobre-novembre avec 70 à 90 mm par mois. La ville reste vivante, beaucoup d'établissements ouverts, et c'est la saison où Cagliari se vit comme une vraie capitale méditerranéenne plutôt que comme une destination balnéaire.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de 4 jours pleins pour cette région : une journée à Cagliari, une journée sur la côte sud-est jusqu'à Villasimius, une journée à Chia et Nora, une journée dans le Sulcis minier ou sur les îles de Sant'Antioco et San Pietro. Cinq à six jours permettent d'y intégrer la traversée vers Carloforte, ancienne colonie ligure peuplée au XVIIIe siècle, où l'on parle encore un dialecte génois et où l'on cuisine le thon rouge selon des recettes nord-africaines. L'aéroport de Cagliari-Elmas, à 10 minutes du centre, dessert la plupart des grandes villes européennes et constitue notre point d'entrée logique.

La combinaison la plus fluide se fait avec la Barbagia et le Supramonte, à 2h30 de route au nord, pour passer du littoral aux villages de montagne. Une boucle de 12 à 14 jours peut enchaîner Cagliari, la Barbagia, le golfe d'Orosei puis remonter jusqu'à la Gallura. Le sud convient aux voyageurs en couple ou en famille, aux amateurs d'histoire (préhistoire nuragique, Phéniciens, mines), et à ceux qui veulent doser visites culturelles et baignades sans rouler plus de 90 minutes par jour. Le niveau de confort est élevé : agritourismes rénovés, hôtels de charme à Cagliari, maisons d'hôtes dans les anciens villages miniers réhabilités.

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