Barbagia et Supramonte

Le cœur montagneux de la Sardaigne, autour de Nuoro et du Gennargentu : gorges de 500 m, villages pastoraux, masques anciens et tables de berger loin du littoral.

La Barbagia et le Supramonte forment le noyau montagneux de la Sardaigne, un bloc calcaire et granitique qui occupe le centre-est de l'île autour de Nuoro, Orgosolo, Oliena, Dorgali et Urzulei. Le massif du Gennargentu y culmine à 1 834 m au Punta La Marmora, ce qui en fait le toit de l'île. Depuis notre agence à Cagliari, nous comptons trois heures de route pour rejoindre Nuoro, puis encore une bonne heure de virages serrés pour atteindre les villages d'altitude. Cette distance routière, qui peut sembler modeste sur la carte, traduit une réalité géographique : ici, on ne traverse pas, on grimpe.

Les paysages alternent entre plateaux calcaires criblés de dolines, forêts de chênes verts et de genévriers millénaires sur le plateau du Golgo, gorges encaissées et villages perchés à 600 ou 900 m d'altitude. Le canyon de Gorropu, creusé par le Rio Flumineddu entre le Supramonte d'Urzulei et celui d'Orgosolo, atteint 500 m de paroi verticale, ce qui en fait l'une des gorges les plus profondes d'Europe. Plus au sud, le sentier Selvaggio Blu relie Pedra Longa à Cala Sisine en sept étapes : pas de balisage continu, des rappels jusqu'à 45 m, des bivouacs sans eau. Nous ne le proposons qu'à des randonneurs confirmés et toujours avec un guide local de Baunei ou Dorgali.

Culturellement, la Barbagia est restée à l'écart des dominations qui ont façonné le littoral sarde. Les Romains l'appelaient déjà Barbaria, terre des barbares non soumis. Cette indépendance a laissé une langue propre, le sardo nuorese, une polyphonie vocale, le canto a tenore inscrit à l'UNESCO, et un répertoire de fêtes qui structurent encore le calendrier : Mamuthones d'Mamoiada en janvier et février avec leurs masques noirs et leurs grappes de cloches de 30 kg, Boes et Merdules d'Ottana, Cortes Apertas dans une quinzaine de villages entre septembre et décembre, où les familles ouvrent leurs cours pour faire goûter pane carasau, seadas et casu marzu.

Orgosolo concentre l'attention pour ses peintures murales. Le premier mural date de 1969, peint par le collectif Dioniso autour d'un instituteur, Francesco Del Casino. On en compte aujourd'hui plus de 200, dispersés sur les façades du centre. Les thèmes restent politiques : luttes paysannes, guerre d'Espagne, Palestine, fermeture des mines. Ce n'est ni un musée à ciel ouvert ni un décor : les murs sont repeints, contestés, recouverts. À deux pas, Oliena vit de la viticulture, avec un Cannonau riservato charpenté que nous faisons goûter chez deux ou trois vignerons que nous connaissons.

L'économie reste pastorale. La Sardaigne compte environ trois millions de moutons pour 1,6 million d'habitants, et la Barbagia en élève une bonne part. Le pecorino sardo et le fiore sardo, fumé au bois de chêne dans les bergeries, sortent de ces troupeaux. Le porceddu, cochon de lait de 4 à 6 kg embroché et rôti 4 à 5 heures sur braises de myrte, se mange dans les agriturismi de Mamoiada, Oliena ou Gavoi, généralement précédé de malloreddus à la sauce de saucisse et suivi de seadas, beignets de fromage frais arrosés de miel amer d'arbousier.

Ce qui justifie le détour, pour nos voyageurs, ce n'est pas une carte postale mais un contraste. À une heure des plages turquoise du Golfe d'Orosei, on passe à un univers de pierre, de silence et de codes anciens. La Barbagia se mérite : routes lentes, sentiers techniques, villages où l'on entre par recommandation. C'est précisément ce que nous savons organiser.

À découvrir

Randonnée dans les gorges de Gorropu. Cinq heures aller-retour depuis le pont Sa Barva, entre blocs de calcaire blanc et bassins d'eau claire, sous 500 m de parois où nichent les vautours fauves réintroduits.

Les 200 murales d'Orgosolo. Deux heures de marche dans le centre du village, accompagnés d'un habitant qui explique les commandes, les repeints et les conflits autour de chaque fresque depuis 1969.

Mamuthones de Mamoiada en hiver. Le 17 janvier pour la Sant'Antonio puis pendant le carnaval, douze hommes masqués de bois noir avancent au rythme des cloches de 30 kg attachées sur leur dos.

Repas pastoral chez un berger. Dans une bergerie au-dessus d'Oliena, porceddu rôti 4 heures, pecorino fumé maison et Cannonau servi à la louche, assis sur des bancs de chêne autour du foyer.

Plateau du Golgo et Su Sterru. Au-dessus de Baunei, marche sur un plateau calcaire à 400 m d'altitude jusqu'au bord de Su Sterru, gouffre vertical de 270 m, un des plus profonds d'Europe en monobloc.

Quand y aller

La meilleure fenêtre pour la Barbagia s'étale de mi-avril à mi-juin, puis de mi-septembre à fin octobre. Au printemps, les pâturages sont verts, les températures oscillent entre 12 et 22 °C en journée à 800 m d'altitude, et les sources coulent encore dans les gorges. En automne, les forêts de chênes prennent des couleurs cuivrées et c'est la saison des Cortes Apertas dans les villages. L'été, juillet et août, reste praticable mais les après-midi dépassent souvent 35 °C dans les vallées comme à Dorgali ou Nuoro ; nous décalons alors les randonnées entre 6 h et 11 h, et les nuits redescendent à 18 °C en altitude, ce qui rend le sommeil agréable.

Décembre à février sont à considérer uniquement pour le calendrier des masques (Mamuthones, Boes) : il peut neiger au-dessus de 1 000 m, plusieurs cols se ferment ponctuellement et beaucoup d'agriturismi du Supramonte sont en pause hivernale. Mars reste pluvieux, avec 80 à 100 mm cumulés, mais les villages sont calmes et les hébergements rouvrent progressivement.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 4 jours pleins pour entrer dans la région : une journée à Nuoro et Orgosolo, une journée de randonnée à Gorropu ou Tiscali (village nuragique encastré dans une doline), une journée sur le plateau du Golgo au-dessus de Baunei, et une journée de villages et de tables, entre Mamoiada, Oliena et Gavoi. Une semaine permet d'ajouter le Selvaggio Blu en version partielle ou plusieurs étapes du Supramonte. Le point d'entrée logique est l'aéroport d'Olbia, à 1 h 40 de Nuoro, ou Cagliari à 2 h 30 ; la voiture est indispensable, les routes sont étroites et les bus rares.

La Barbagia se combine très naturellement avec le Golfe d'Orosei : on dort en altitude, on descend nager à Cala Luna ou Cala Goloritzé dans la journée, on remonte le soir. Avec la Gallura et le Nord, le contraste pierre-mer fonctionne aussi bien sur 10 à 12 jours. Le confort reste pastoral : agriturismi familiaux, petits hôtels de village à Oliena ou Dorgali, rarement plus de 15 chambres. Cette région parle aux marcheurs, aux amateurs de table et de vin, aux voyageurs contemplatifs qui acceptent les routes lentes. Elle convient aux familles avec enfants à partir de 10 ans, à condition de doser les randonnées.

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