Golfe d'Orosei
40 kilomètres de falaises calcaires entre Cala Gonone et Baunei, des criques accessibles uniquement par bateau ou par 2 à 4 heures de marche depuis l'altopiano du Golgo.
Le golfe d'Orosei dessine une façade de 40 kilomètres de falaises calcaires entre Cala Gonone, au nord, et le territoire de Baunei, au sud. C'est la seule portion de la côte est sarde où le massif du Supramonte tombe directement dans la mer, sans plaine littorale, sans route côtière continue. Cette géographie explique tout : la quasi-absence de construction, l'accès par bateau ou par sentier uniquement, et la couleur de l'eau, retenue contre les parois blanches et filtrée par des fonds de galets et de sable clair.
Côté terre, le golfe est arrimé à deux villages très différents. Cala Gonone, sur la commune de Dorgali, est une station balnéaire née dans les années 1960 quand le tunnel routier a percé la montagne depuis l'intérieur. C'est de là que partent la plupart des navettes maritimes et des excursions vers la Grotta del Bue Marino, ancienne tanière du phoque moine. Plus au sud, Baunei domine le plateau du Golgo à 400 mètres au-dessus de la mer, un karst pastoral parsemé de bergeries où l'on élève encore chèvres et porcs noirs. Les descentes vers les criques, Cala Goloritzé, Cala Mariolu, Cala Sisine, partent toutes de ce plateau par des sentiers techniques de 2 à 4 heures.
La culture du golfe est moins maritime qu'on pourrait le croire. Les habitants de l'intérieur, Dorgali, Baunei, Urzulei, ont longtemps tourné le dos à la côte, jugée insalubre et exposée aux raids barbaresques jusqu'au XIXe siècle. La pêche y est restée secondaire. Aujourd'hui encore, la cuisine locale relève davantage du Supramonte que de la mer : porceddu rôti à la broche, su filindeu de Nuoro, fromages de brebis affinés, pain carasau cuit en feuilles fines. À Cala Gonone et Santa Maria Navarrese, on trouve évidemment poissons grillés et fregola aux fruits de mer, mais l'identité reste pastorale.
Le calcaire commande aussi l'eau douce. Les pluies d'hiver disparaissent dans les fissures du Supramonte et ressurgissent à la côte sous forme de sources, parfois directement dans la mer. La Codula di Luna, canyon sec presque toute l'année, débouche sur Cala Luna après 7 kilomètres de gorges. La Codula Sisine alimente la crique du même nom. Cette hydrologie souterraine a creusé un réseau de grottes dont la Grotta del Bue Marino et la Grotta del Fico, accessibles en visite guidée, donnent une idée de l'ampleur.
Le statut de protection conditionne la visite. Cala Goloritzé, classée monument naturel depuis 1995, est limitée à 250 visiteurs par jour avec réservation obligatoire en haute saison, débarquement de bateau interdit à moins de 200 mètres. Cala Mariolu applique aussi un quota. Ces règles, mal connues des voyageurs qui arrivent en autonomie, justifient à elles seules le passage par une agence locale pour caler les autorisations et les créneaux de navette.
Le golfe se vit donc de deux manières complémentaires : depuis la mer, en cabotant d'une crique à l'autre sur la journée, ou depuis la terre, en logeant à Baunei ou Cala Gonone et en descendant à pied dans une ou deux calanques. Les randonneurs prolongent vers le Selvaggio Blu, traversée mythique de 5 à 7 jours entre Pedra Longa et Cala Sisine, réservée à un public expérimenté avec rappels en falaise. La plupart de nos voyageurs combinent simplement deux ou trois descentes à pied avec une journée en bateau, ce qui suffit à saisir l'échelle du lieu.
À découvrir
Cala Goloritzé par le sentier. Descente de 1h30 depuis l'altopiano du Golgo jusqu'à la crique au pied de l'Aguglia, aiguille calcaire de 148 mètres. Accès limité à 250 personnes par jour, réservation obligatoire de juin à octobre.
Navette maritime depuis Cala Gonone. Liaisons quotidiennes d'avril à octobre vers Cala Luna, Cala Mariolu et Cala Sisine. Une journée suffit pour enchaîner deux criques avec baignade et déjeuner pique-nique embarqué.
Grotta del Bue Marino. Galerie creusée par une rivière souterraine sur plus d'un kilomètre, visite guidée d'environ 45 minutes. Dernier refuge du phoque moine de Méditerranée jusque dans les années 1980.
L'altopiano du Golgo à Baunei. Plateau karstique à 400 mètres au-dessus de la mer, ponctué de bergeries en activité et du gouffre du Golgo, aven de 295 mètres de profondeur. On y dîne de porceddu dans les cuiles, anciennes cabanes de bergers reconverties.
Selvaggio Blu, pour randonneurs aguerris. Traversée de 5 à 7 jours le long des falaises entre Pedra Longa et Cala Sisine, avec passages d'escalade et rappels jusqu'à 45 mètres. Ravitaillement en eau par dépôts organisés à l'avance.
Quand y aller
La fenêtre utile pour le golfe d'Orosei court de mi-avril à mi-octobre. En avril et mai, l'eau reste fraîche autour de 17 à 19 °C mais les sentiers sont fleuris, les températures de marche idéales (20 à 24 °C en journée) et les criques presque vides. Juin et septembre sont nos mois préférés : mer à 22-24 °C, navettes en service complet, fréquentation gérable. Juillet et août concentrent l'essentiel des visiteurs, avec des températures de 32 à 35 °C sur les sentiers exposés et des quotas atteints très tôt sur Goloritzé et Mariolu, il faut alors réserver plusieurs semaines à l'avance.
Entre novembre et mars, les navettes ne tournent plus, beaucoup d'hébergements de Cala Gonone ferment, et les orages d'automne (pics en octobre-novembre, parfois plus de 100 mm en 24 heures) peuvent rendre les codule, lits de canyon, dangereuses. La randonnée reste possible sur l'altopiano du Golgo par temps sec, mais ce n'est plus la même région.
Conseils pratiques
Nous recommandons 3 à 4 nuits minimum sur le golfe pour combiner une journée en mer, une descente à pied dans une crique et une soirée sur l'altopiano du Golgo. Le point d'entrée logistique est l'aéroport d'Olbia (1h30 de route jusqu'à Cala Gonone, 2h jusqu'à Baunei), Cagliari fonctionne aussi mais ajoute 2h30 de trajet. L'hébergement se répartit entre les hôtels et B&B de Cala Gonone, plus pratiques pour les navettes maritimes, et les agriturismi de l'arrière-pays de Baunei, plus authentiques mais avec voiture indispensable.
Le golfe s'articule naturellement avec la Barbagia et le Supramonte côté ouest, le massif est le même et les villages de Dorgali, Orgosolo, Oliena ne sont qu'à une heure de route, c'est la combinaison que nous proposons le plus souvent. L'enchaînement avec la Gallura au nord se fait en 2h de route et permet d'alterner falaises et côte granitique. Cette région convient aux marcheurs en bonne condition, aux familles avec adolescents (les enfants de moins de 8 ans peinent sur les sentiers de descente), et aux contemplatifs qui acceptent de passer leurs journées en bateau plutôt qu'en voiture.








